Cette rencontre, on ne l’oublie pas

22 février 2019 / Mots de Menilmonde / 2 Comments /

 

Ça faisait quinze ans hier.
Oui, quinze ans. Déjà. C’est fou.
Car hier, j’ai eu envie de relire mes vieux carnets.
Comme une sorte de nostalgie.
Et je suis retombé sur une page de notes du 21 février 2004.
C’était émouvant.
Ces notes évoquaient ce jour-là une rencontre.
Et je me souviens de cette rencontre si singulière.
Et pourtant, au début, ce n’était pas évident.
Je me trompai sur tout, il fallait réapprendre. Ça fait avancer.

 

Elle, je ne l’avais jamais vue. Elle non plus d’ailleurs.
C’est par téléphone que nous nous sommes connus. C’était une sensation très étrange.
Les autres, elles m’avaient donné son numéro ; et elle, elle m’avait donné son adresse.
Première fois que je lui parlais à elle. A l’une d’entre eux.
Et pourtant, je me souviens, j’étais à l’aise. Et elle aussi d’ailleurs.
Oui, j’aurais très bien pu ne pas être à l’aise. Car ce n’est pas ordinaire.
Elle était à peine plus jeune que moi à l’époque. Sans doute vingt-cinq ans je crois, et j’en avais vingt-sept. Encore étudiante, une brillante étudiante, oui.

 

 

Nous avions alors convenu du rendez-vous.
Chez elle. Directement. Oui.
Ça se passait comme ça.
Mais pour moi, ça me paraissait normal. Et puis, les autres, elles m’avaient prévenu qu’il faudrait, un jour ou l’autre, que j’aille chez elle.
Je m’en souviens comme si c’était hier. Qui aurait pu oublier!

 

Ce soir-là, il faisait froid. C’était en hiver.
Je me revois grelottant, marchant rue Notre-Dame des Champs, sifflotant.
La nuit venait de tomber.

 

Au pied de chez elle, je reconnus l’entrée qu’elle m’avait si bien décrite.
Guider et se faire guider, elle est habituée. Elle m’initierait.
Elle avait l’habitude de ce genre de rendez-vous. Ça m’a rassuré.
Oui oui, une certaine tension m’envahissait : allais-je être à la hauteur ? Qu’allait-elle me dire ? Voudrait-elle me revoir ?
Et puis. J’entre. Je monte. J’avance. Je stoppe. Je frappe.
Elle m’ouvre.

 

Ce qui m’a frappé chez elle en premier, bizarrement, ce sont ses chaussures.
Celles en cuir, qui étaient dans un coin, là, à côté de son sac : les chaussettes étaient soigneusement mises dans ses chaussures. Mais une chaussette était rouge et l’autre noire.
Mais cette différence de couleur de chaussettes emmitouflées dans les chaussures ne m’a pas étonné.
D’ailleurs, ça m’a paru normal. Oui.
Je me suis dit : « mais oui, c’est normal ! »

 

De son huitième étage, elle avait une formidable vue sur le Panthéon illuminé.
Je ne me douterais pas que quinze ans plus tard, ce monument serait mon repère du quotidien.
Alors je lui ai dit que la vue qu’elle avait était merveilleuse. Ce fut ma première erreur. Je n’aurai pas dû lui dire.
Je me suis senti mal et à la fois amusé de cette boulette.
C’était obligatoire. Surtout la première fois. Les autres m’avaient prévenu.
Elle ne m’en a pas tenu rigueur.
Merci Chloé.
Elle était gentille, attachante, douce et très belle. Je l’admirais, elle me touchait.
Et ses lunettes lui allaient à ravir.
Belle, elle ne le savait pas. On lui disait, mais elle ne voulait pas l’accepter.

 

 

Nous avons parlé d’actualités, il le fallait.
Nous avons parlé du code civil, c’était obligé.
Nous avons parlé d’Histoire, c’était du bonus. Oui, elle aimait beaucoup l’Histoire.
De nous, nous n’avons que très peu parlé. Brièvement. Autour d’un verre de soda.

 

Ce moment, cette première soirée, seul, avec elle, j’ai aimé.
J’en garde un merveilleux souvenir.
Elle était vraiment très attachante.

 

Par la suite, nous avons continué à nous voir. Toujours chez elle.
Mais tout restait très étrange.
Oui, pendant quatre mois nous nous sommes vus.
A ses yeux, nous voir était important.
Aux miens, davantage.
J’aimais la voir.

 

Et puis, son année d’études à Paris s’est terminée. Elle est repartie. Loin. Là-bas, chez elle.
Depuis, nous ne nous sommes jamais revus.
Jamais reparlé.
Ça peut paraître étrange, mais non.
Les autres, elles m’avaient prévenu.
J’espère qu’elle a réussi dans ses études et qu’elle est épanouie dans sa vie.

 
 

Ce soir d’hiver, c’était la première fois.
Que je lui faisais sa lecture.

 

 

Chloé était non-voyante.

 
 

 
 



2 Comments

  1. Laurent

    22 février 2019
    / Répondre

    Très touchante ton histoire Maxime. Et que tu nous contes ça si bien rend cette histoire d'autant plus belle et apaisante.

    • Maxime

      23 février 2019
      / Répondre

      Merci Laurent.
      On se croise bientôt pour un apéro si vous en organisez un! ;- )


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